[Récit/Interview] Le TREG 2017, un premier ultra pour Estelle

Préambule par J.G. : Estelle est indissociable de mon histoire avec le running depuis presque 4 ans. Elle a été une précieuse camarade d’entrainement chez Urban Running. Et nous avons connu nos premières expériences de trails longs, la Saintélyon, les Templiers, Angkor … toujours dans la même bande. Même si elle niera, elle est, dans mon esprit, souvent à l’origine des projets un peu fous. C’est elle la première qui m’a parlé de désert et de Marathon des Sables. Mais c’est également elle qui m’a dit, à l’arrivée de la grande course des Templiers en 2015, « on va arrêter les conneries ». Mais voilà, elle n’a pas vraiment tenu cette promesse. Et c’est tant mieux. Elle a pris un envol vers l’ultra-trail que je n’ai pas encore réussi à prendre. Ses grandes capacités sportives, son mental de guerrière et les entrainements aux petits oignons de son coach préféré ont permis à cette « pas si débutante que ça » de réussir un défi de taille, un premier ultra de 180 km. J’espère que vous vous régalerez autant que moi de son récit détaillé palpitant. Ensuite, je lui pose quelques questions relatives à sa préparation et à la gestion de son matériel.

Au sommaire :

17021975_1868909380018208_1695506961946348652_n

Le TREG 2017: cette course dont j’ai rêvé. Mon premier ultra. Ce compte-rendu a mis du temps à mûrir, tellement j’avais du mal à trouver les mots justes pour décrire l’intensité de ce que j’ai vécu et transcrire mes émotions. Depuis la première édition du TREG en 2014, les images de l’Ennedi, au nord du Tchad, m’ont émerveillée. Ne courant que depuis avril 2013, une telle aventure me paraissait inaccessible, cantonnée dans un petit coin de ma tête. Je me disais « un jour, peut-être ». 180 km en autosuffisance, sans escale, en plein désert, ce n’est pas rien ! Et puis, l’auto-navigation me terrifiait. Moi qui me perds encore dans le Parc de Saint-Cloud ou la forêt de Meudon. Mais voilà, j’ai un peu progressé et surtout oublié le raisonnable, laissant aller l’envie. Je me suis lancée. Même pas besoin d’un apéro pour m’inscrire cette fois-ci ! Une fois inscrite, j’annonce la nouvelle à mon coach, Karim. Petit blanc dans la conversation puis comme d’habitude, il me répond « Ah…d’accord! (rictus)…pas de problème ! ». C’est aussi pour cela que j’adooore mon coach !!

Dimanche 12 février

Le grand jour est arrivé, l’envol pour N’Djamena.

Pour l’instant, c’est comme un départ en vacances. Juste un peu plus excitée. La première nuit est courte mais encore « luxueuse » au Novotel, dans un vrai lit, avec douche et wifi. Je partage la chambre avec Pascale. Elle est pétillante, très sympa. Nous discutons un peu et elle m’annonce tout tranquillement qu’elle a déjà fait plusieurs fois le Marathon Des Sables, la Diag’ et l’UTMB….OMG!…Gloups…bah moi…euh..j’ai fait les Templiers et l’Ultra Lozère (en étapes)…et euh (j’ai beau chercher)…c’est tout! Bon ben bonne nuit!

Lundi 13 février

À l’aube, départ pour l’Ennedi dans un avion militaire affrété spécialement pour nous. C’est drôle. L’expérience me plait bien. Deux heures plus tard, nous nous posons en plein désert. À cet instant, le dépaysement total commence. L’acheminement jusqu’au camp de base se fait en 4×4.

17022451_1868908603351619_2822588767518526444_n

(photo E.Feyereisen)

Nous arrivons au camp lundi après-midi. Il est posé au milieu de nulle part, comme un petit village, construit en 72h par les femmes des alentours. Oui,c’est comme ça, là bas, les mecs s’occupent plutôt des chameaux et des chèvres. Je suis sous le charme, devant les huttes tressées, disposées en rond, avec une grande salle commune au centre, un bar (!), des douches, un peu à l’écart. Il y a même des petites chaises en bois. L’installation commence. Je cohabiterai avec Isabelle, Isa et Benedicte, trois bénévoles du groupe médical, la « CLIMM ». Des nanas géniales et très marrantes. J’ai de la chance. En plus, nous avons un stock de bonbons Haribo.

 

Mardi 14 février

C’est la journée du briefing et du contrôle des sacs. Tout le matos est checké. J’ai mes 6000 calories, sous forme lyophilisée, savamment emballée avec l’aide de Karim. Je suis toujours convaincue que c’est beaucoup trop, même si je suis décidée à m’astreindre à manger à chaque PC.

16938436_1868908706684942_6064143460923867989_n

(photo E.Feyereisen)

L’après-midi sera dédié à l’initiation au GPS, avec un parcours test autour du camp, histoire de se rassurer un peu. Jusque là tout va bien. Entre deux, je m’échappe pour visiter une grotte en plein air, abritant des peintures rupestres qui ont près de 4000 ans! C’est ouf!!! Merci Philippe pour cette jolie découverte. Cette journée est propice aux échanges. Je réalise que beaucoup de concurrents sont des gros routards du désert ou des ultra traileurs chevronnés. Il y a même Yvonnick, finisher du Tor des Géants 2016. Je me dis qu’il va vraiment falloir rester prudente, ne jamais forcer, boire, manger, dormir. Et voir comment réagit le corps, pour espérer arriver au bout. Rassurons nous, il y a toujours une première fois! Allez bébé traileur, il doit être 20h30, c’est tard. Yapluka aller dormir avant le départ.

Notre "yégué" (Photo E..Feyereisen)

Notre « yégué » (Photo E..Feyereisen)

Mercredi 15 février

7h: les coureurs se préparent à s’élancer. L’ambiance est conviviale. On fait des photos. Ma GoPro est à portée de main. La musique retentit. Je ne réalise rien. Ou quelque chose au fond de moi s’y refuse, je ne sais pas. J’ai la sensation de partir en ballade. Mon sac est gros, probablement trop, et j’ai l’impression d’emporter ma maison.

Prêtes! Girl team au départ. (Photo Le Treg)

Prêtes! Girl team au départ. (Photo Le Treg)

7h15: c’est parti!! Certains filent devant et je sais bien que ceux là, aux foulées légères, je ne les verrai plus.

IMG_6042

La première étape de 26 km, jusqu’au PC1, est somptueuse, très variée. Le Plateau d’Archei, le labyrinthe d’Oyo. Une alternance de sable et de paysages lunaires. C’est probablement la portion la plus technique, avec quelques grimpettes et pas mal de caillasses. Je m’éclate. Il y a encore des coureurs visibles à tout moment. Une dernière descente, un peu sur les fesses, et j’atteins le PC1 « CHERO ». Petite pause courte méritée. Tout va bien. Lentilles-jambon au menu. Bof… Pourtant c’était mon préféré à Paris. Je recharge en eau. Je me paie le luxe de me faire « doucher » par Bénédicte, avant de repartir avec Charlotte, engagée sur le 90 km.

La douche par Bénédicte (photos Photos running)

La douche par Bénédicte (photos Photos running)

Le plateau d'Archei. Entre le départ et Le PC1

Le plateau d’Archei. Entre le départ et Le PC1 (Photo E.Feyereisen)

« CHERO »-PC2 « HETER » 17 km

Le soleil tape. On discute. On s’émerveille, écarquillant nos yeux. Des tonnes de mouches viennent se coller à nos sacs à dos. Nous avons bien la pêche, même si je préfère rester toujours en réserve, vu ce qui m’attend. Charlotte parvient quand même à me décider à trottiner sur de petites portions. Peu avant le PC2, nous sommes rejointes par Laurent.

Arrivée en fin d’après midi à HETER, c’est la pause riz au bœuf. Ca c’est vraiment bon ! Et hop! Charlotte prend une autre direction. Je repars en compagnie de Laurent, frontale installée sur la tête, prête à affronter la nuit.

« HETER »-PC3  » KEILE » 15 km

Nous avançons plutôt bien. J’ai sorti les bâtons. Heureusement que je les ai pris. Quand je pense que j’ai hésité. Le soleil se couche et nous allons attaquer notre première nuit. Nous contemplons le spectacle. J’ai une petite angoisse quand même. C’est bon d’être deux. Laurent est journaliste pour Joggeur et plus habitué à la route qu’aux chemins. Il est blessé et ne peut pas courir.  Mais bon sang, qu’est ce qu’il marche vite ! Nous sommes novices tous les deux dans cette expérience et décidons de ne plus nous séparer, pour avoir un maximum de chances de franchir la ligne d’arrivée. Le pacte est scellé.

Cette première étape de nuit se déroule sans encombre. Nous apercevons même des lièvres qui nous coupent la route. J’entends d’ici les commentaires de certains. Mais non, non, nous n’hallucinions pas encore !

Au PC3, Isabelle, la chef de la CLIMM nous attend. Là encore, la pause est courte. Laurent se nourrit de maquereaux. Je dégaine les pâtes carbo, le grand luxe. Philippe nous rejoint alors. Il a plusieurs ultras à son actif et a déjà terminé une précédente édition du TREG.

Au PC 1, avec Charlotte Konk (photo Le Treg)

Au PC 1, avec Charlotte Konk (photo Le Treg)

« KEILE »-PC4 « ALOBA » 13 km

Nous repartons à 3 pour cette étape sensée être courte. De gros rochers commencent à se dresser. Nous allons aborder un canyon. Le GPS se montre plus capricieux. Nous avançons d’un bon pas quand, soudain, 4 mètres de vide se présentent devant nous. Il n’y a pas de passage visible. OK, nous avons dû nous tromper. Chacun titille son GPS pour trouver l’issue. Personne n’est d’accord. Marche arrière, nous revenons un peu sur nos pas. Passage à droite ? Non. A gauche alors ? Non plus. M…! Nous sommes coincés là. Le vent souffle et il commence à faire froid.

Arrivent alors Michel et Jessie. Nous les laissons faire pour voir où les mène leur GPS. Ils avancent et…bam! le vide. Tout pareil. Ils reviennent. Nous voilà à 5, pas très fiers, à jardiner dans tous les sens pour sortir de ce mauvais pas. Oliver, un allemand très sympa, débarque à son tour mais ne fait pas mieux. Pour la petite histoire, il porte une combinaison blanche transparente…un truc de l’espace, anti soleil, anti chaud et froid. Un costume improbable sous lequel on distingue nettement son slip kangourou blanc! Un grand moment d’érotisme! N’empêche que, même s’il a l’air de souffrir, il nous déposera bientôt. Peut-être grâce à sa combi magique.

Pendant que mon esprit s’égare, les garçons tentent d’escalader des rochers. Ben non, là c’est limite dangereux. 1h30 d’errance dans ce foutu canyon. Je suis bien contente de ne pas être seule, vous imaginez.

Un nouveau groupe de coureurs arrive. Nous les surveillons. Ils foncent dans la même direction initiale et… ne reviennent pas, eux!!! Ah bah les gars, va falloir se rendre à l’évidence. C’est bien par là et il va falloir trouver le passage. Nous repartons, les yeux rivés sur la trace. Et victoire ! Un petit « chemin » sur le côté que nous n’avions pas vu.

Le reste du parcours est sans difficulté. Nous arrivons à ALOBA. J’ai une petite frustration de ne pouvoir qu’apercevoir l’arche mythique dans la nuit. Le PC est en plein vent, à croire que les bénévoles qui s’y trouvent ont été punis.

L'arche Aloba. Notre Dame de Paris tient dessous

L’arche Aloba. Notre Dame de Paris tient dessous (photo E.Feyereisen)

Après presque 19h de course, nous avons besoin d’un peu de repos. Pas de repas cette fois-ci : il y a trop de vent et l’inconfort est absolu. Michel et Jessie décident de poursuivre la route. Laurent, Philippe et moi nous étalons pour 2h sur les matelas. Nous nous serrons un peu pour chercher la chaleur. Laurent grelotte sous la couverture. J’ai droit à un duvet supplémentaire. C’est parfois bon d’être une fille. Un Tchadien ronfle comme un avion juste à côté. Euh… ne pourrait-on pas le réveiller…l’air de rien…sans faire exprès…?! L’équipe est aux petits soins pour nous mais j’avoue que nous en profitons peu. Je me camoufle entièrement sous la couverture. Je le ferai à chaque foi Pour faire abstraction de tout et récupérer un peu. Après un café, nous repartons juste avant le lever du soleil. Freddie se joint à nous.

« ALOBA »-PC5 « DJOULIA » 25 km

Le pas est moins vif mais le repos à été bénéfique. Le lever du soleil sur le désert est grandiose. On ouvre grand les yeux pour graver ces images en nous. Les corps se réchauffent. Nous parcourons une grande plaine, très variée. Le long des blocs rocheux se trouvent des amas de pierres entassées, comme déposées par la nature. C’est incroyable. Oups… je sens comme des explosions dans mes chaussures. Probablement des ampoules. C’est désagréable mais je n’ai pas mal.

Nous arrivons à DJOULIA, avec son arche majestueuse, le symbole de la course. Michel et Jessie sont là depuis peu. Il fait bon. Les matelas sont accueillants. Le contraste avec le PC précédent est saisissant. Là, l’ambiance est cosy. C’est presque Copacabana.

96km parcourus! Record battu! Je suis contente. Pour l’instant tout va plutôt bien. Je me décide à déballer mes pieds pour faire le point. Effectivement, j’ai quelques petites ampoules, justement là où je n’ai pas mis d’élasto. Isa me soigne; j’essaie de négocier qu’elle n’injecte pas l’éosine dans les ampoules mais elle est intraitable. « Ne t’inquiète pas, après ça sèche super bien ». Peut-être mais là, whaou, ça bruuuule! Je change de chaussettes. Un petit rien trop bon.

La petite pause sera avec du riz au poulet cette fois. Puis une mini sieste au soleil. Et nous voilà de nouveau en route. Grand soleil et bonne humeur. L’étape à venir est encore longue.

L'arche Djoulia, emblème du TREG (photo E.Feyereisen)

L’arche Djoulia, emblème du TREG (photo E.Feyereisen)

« DJOULIA « -PC6 « ANOKO » 23 km

Le début du parcours est marqué par un amas rocheux qu’il a fallu contourner, ce qui nous a valu quelques minutes de réflexion et d’hésitation. Heureusement qu’il faisait jour!

C’est ensuite une alternance de plaines, avec pas mal de sable. Le soleil cogne. Il faut boire régulièrement, bien penser aux pastilles de sel, contempler, grignoter des cacahuètes et continuer d’avancer. Peu avant le coucher du soleil, nous rattrapons Michel et Jessie. Jessie ne marche plus très droit. Il a un vilain coup de barre. Je m’approche pour discuter et essayer de l’encourager. Il est dans le dur, absolument pas réceptif. C’est compréhensible. Nous lui foutons la paix.

IMG_6057-2

La fin de l’étape est nocturne, à la fraîche. Nous apercevons une lueur au loin avant d’arriver à Anoko. C’est un énorme rocher, et c’est Franck qui nous reçoit dans son fief, balayé par le vent. Du vent, certes, mais ce n’est rien comparé à la veille. Nous nous affalons sur les matelas disposés le long de la paroi rocheuse. Nous avons décidé de dormir 3h. Rien que ça ! A mon niveau, c’est nécessaire avant d’aborder le plus gros tronçon de 28 km, celui que je redoute à ce stade de la course. C’est riz au bœuf pour reprendre des forces. Je propose lentilles-jambon à Laurent qui, jusque là, ne s’est nourri que de maquereaux. Et puis, ce sera toujours ça de moins à porter. Bénédicte nous masse les gambettes. Un délice. Elle me prête son duvet. Cela ne manque pas, bien sûr, de faire râler Laurent qui se gèle à nouveau. Mes batteries de frontale sont à plat. J’ignore pourquoi. J’en mets une en charge en espérant que cela suffira.

Allez au dodo pour une « grosse » nuit de sommeil. Je me camoufle façon chenille; plus rien ne dépasse.

Le réveil est un peu difficile. J’aurais bien fait la grass’ mat’. Un café et nous repartons dans la nuit tous les 6. Il est 23h.

« ANOKO « -PC7 « GOUGUI » 28 km

La remise en route prend quelques minutes. Nous marchons sur des œufs, le temps que les orteils se dérouillent, que les petites tensions disparaissent. J’ai récupéré deux barrettes de charge sur ma frontale. Ça a l’air de fonctionner.

Très vite, nous distançons Jessie. Nous l’attendons un peu mais visiblement, il souffre. Peu à peu, nous le perdons de vue et j’avoue que ça me fait mal au cœur de le laisser tout seul dans la nuit, dans des conditions aussi rudes. Il fait très froid. Et il y a ce vent ! Le ressenti ne doit pas être loin des 5 degrés. Philippe me prête ses gants et c’est un vrai bonheur. Freddie n’a qu’un coupe vent à manches courtes. Bah je ne sais pas trop à quoi ça sert en fait. Je lui passe ma doudoune Uniqlo, glissée dans mon sac à la dernière seconde avant le départ. J’ai déjà deux couches sur moi. Cela devrait suffire.

Entre PC6 et PC7 (photo Photos Running)

Entre PC6 et PC7 (photo Photos Running)

Nous avançons tranquillement, en restant vigilants à la direction du GPS. Laurent est devant et nous trace la route le plus souvent. C’est long. C’est dur. J’ai mal au dos. Je commence à grelotter. Je n’avais pas prévu d’avoir si froid. Personne d’ailleurs. Je suis en jupette. Je finis emballée dans la couverture de survie. Le vent s’y engouffre et je dois la maintenir fermée avec la main. Les kilomètres suivants sont éprouvants, physiquement et moralement. J’avance en faisant un bruit métallique infernal. Les yeux se ferment tout seuls par moments. C’est interminable!

Le jour finit par se lever. C’est beau. Encore ! Oui, mais bon là, tout de suite, on en profite un peu moins, je l’avoue. Le soleil nous réchauffe doucement le corps et le cœur. L’esprit reprend le dessus.

Arrivée (enfin!!!) à GOUGUI.

147 km parcourus!!! Rhooo…ça c’est bon. Je sais maintenant que j’irai au bout, qu’il ne reste plus que deux petites étapes. Ce soir, nous dormirons au camp !

Un café encore. Une compote de pomme. Un peu de repos pour 1h30. Là encore, nous sommes dorlotés comme des bébés par Michel et Alan. C’est génial !

Nous voilà repartis à 5 : Laurent, Philippe, Freddie, Michel et moi. Plus rien ne pourra nous arrêter, j’en suis convaincue.

GOUGUI-PC8 « TOUKOULOULA » 16 km

Nous sommes reboostés à fond. La route est courte jusqu’au dernier PC Seulement 4 heures quoi!. J’ai un regain d’énergie invraisemblable, probablement passager. Je me méfie. J’ai la banane et envie de trottiner.

Quelques membres de l’équipe, dont Vincent (bravo, il a gagné!…du coup il a fini depuis bien longtemps!…) et Charlotte (qui a brillamment avalé ses 90 bornes!…) viennent à notre rencontre en 4×4 pour nous encourager. Ça fait un bien fou. J’ai toujours mal au dos. Allez on y est presque! Arrivée au dernier PC. Yes !

Une nouvelle compote, poire-canelle ce coup-ci. C’est un accueil au top une fois de plus. Bien contente de n’avoir appris qu’après que c’est là qu’a été zigouillé par « lapidation involontaire » (comprenez…c’était juste pour lui faire peur au départ…) un serpent de 80cm. Le repos est très court et nous repartons, décidés à arriver au village pour l’apéro.

Comment faire croire que l'on trottine encore...:-) avec Philippe Jacques (photos Photos Running)

Comment faire croire que l’on trottine encore…:-) avec Philippe Jacques (photos Photos Running)

« TOUKOULOULA »- Village. End Point! 17 km

C’est la dernière étape. C’est bizarre comme sensation finalement, d’arriver si près du but, après tout ce périple. Nous traçons, vaillants et motivés, photographiés et encouragés. Mais pas bien rapides! Yapluka avancer, ce n’est pas compliqué. Mouais ! C’est facile à dire. La fatigue est bien là. Heureusement, le paysage est toujours incroyable et ça aide. Les cacahuètes aussi.

Freddie est malade mais il tient bon, un peu chancelant parfois. Michel est solide, expérimenté. C’est lui qui semble le plus en forme, même s’il voit des éléphants partout : chaque rocher lui dessine un éléphant. Il n’est peut être pas si frais que cela finalement.
Philippe a de l’expérience mais peu d’entraînement cette année. Il a l’air de souffrir un peu, même masqué sous une tonne de crème solaire! Quelle chance qu’il ait été peu en forme. Il nous a ainsi surveillés et accompagnés de son regard bienveillant tout le long de la course. Laurent plante furieusement ses bâtons pour avancer. Toujours vite, d’ailleurs. J’ai le bas du dos qui tire et les jambes toutes raides. Ça fait mal. Je me traîne. J’aurais dû prendre un doliprane. C’est là que je me remémore plus que jamais les messages d’encouragement que j’ai reçus. De toutes sortes, les mains aux fesses qui me poussent, les petits nains qui me tapent sur la tête pour avancer, mes filles qui me prennent pour une dingue.

Sur ces derniers km, notre équipe ressemble plus à un remake de « Walking Dead », qu’à de fiers guerriers du désert. Qu’importe. Dans cette souffrance finale, je crois que nous sommes tous heureux. Heureux d’entrevoir l’issue, heureux de tous ces efforts partagés.

Nous arrivons près du rocher où nous avions fait le test GPS, le premier jour. Ce n’est plus très loin…arghh…mais si quand même, en fait! La nuit tombe. Je pense fort à la bière qui nous attend aussi. Oh qu’elle va être bonne celle là. En attendant, ça fait quand même mal. Une dernière petite dune bien casse pattes. Merci JP ! Ça aurait été dommage de la rater. Mais elle est où cette arche???!

Ça y est! On aperçoit des lumières. Puis un filet de musique est perceptible. Nous allons passer la ligne tous ensemble, nous le savons. On s’attend, s’apprête à trottiner pour arriver dignement.

On s’élance, enfin, décidés vers l’arche. Ok, c’est une façon de parler. On y va molo quand même. Tout le monde est là ! Une ambiance de dingue nous transporte.  C’est dément! Nous sommes …

Finishers !!!!

Fierté, joie, soulagement, tant de sentiments et d’émotions d’un coup. On est tout ébahis. Tout se relâche. 59 h de course. Un bonheur indéfinissable…embrassades et câlins…et bière !!! J’ai eu du mal à atterrir et je ne suis pas encore sure de toucher terre tout à fait. Je ne réalise toujours pas. C’était une aventure hors du commun, sportive mais surtout humaine, à vivre ou à revivre.

Finishers! Avec Philippe Jacques et Laurent Chadelat (photo Photos Running)

Finishers! Avec Philippe Jacques et Laurent Chadelat (photo Photos Running)

Je pense d’abord à Karim, qui comme d’habitude m’a coachée et préparée au mieux. T’es le meilleur. Je pense aussi à Phiphi, mon partenaire d’entraînement. Ton tour arrive bientôt. Le sable du MDS t’attend. Je pense aussi à Elodie, pour ses précieux conseils et sa disponibilité.

Chapeau bas Jean-Philippe et Caro pour votre organisation irréprochable.

Un grand merci aux Tchadiens qui nous ont si bien accueillis et à tous les bénévoles du staff qui nous ont chouchoutés à chaque instant. Vous êtes fantastiques.

Une pensée particulière pour mes compagnons de cordée évidemment. Sans vous, je ne crois pas que je serais arrivée au bout. Nous avons tant partagé en peu de temps. Je ne vous oublierai pas et j’espère bien vous revoir sur Paris, les gars !

Spéciale dédicace à Jessie qui nous a fait vibrer jusqu’à 2h du Mat. T’aurais pu te dépêcher un peu quand même. On a dû ressortir du lit pour t’acclamer ! Bravo à toi…un mental d’acier. Tu m’as bluffé. À mes yeux, le vrai guerrier, c’est toi!

Merci encore pour toutes les belles rencontres que j’ai pu faire. Il y a toutes les girls qui avaient du cœur et un sacré niveau. Tommaso qui a veillé à notre sécurité. Les photographes qui ont immortalisé ce périple. Momo et son sourire aussi….Je ne peux pas citer tout le monde.

Ce voyage était exceptionnel et restera gravé dans ma mémoire. L’Ennedi est un endroit merveilleux, de ces lieux magiques, « hors du temps », c’est vrai!

L’interview prépa

Préambule de JG : Pour ceux à qui notre héroïne aurait donné des envies d’Ennedi, faisons un petit point sur toute la préparation, où rien n’a été laissé au hasard. Estelle est coachée par Karim Belhamadi, spécialiste du Marathon des Sables et bien connu de tous nos amis chez Urban Running pour être un coach hors pair et le roi de la PPG. Au passage, je cite souvent son nom parce qu’il est également important pour moi. Il était avec nous pour mon premier marathon à Rome et je continue à faire de la PPG/PPS avec lui. Je reviens juste d’un stage désert au Maroc qu’il anime, mais j’en reparlerai plus tard. Je laisse de nouveau la parole à mon amie warrior, Estelle.

16996449_1868909323351547_9035052284756394357_n

JG : Comment s’est organisé ta préparation en matière d’entrainement ? Durée ? Types de séances ? Travail spécifique à l’épreuve ?

Estelle : La prépa a débuté le 31 octobre 2016, soit 15 semaines en tout. Elle a comporté 3 à 5 séances par semaine, soit:

  • 1 séance de muscu et surtout PPG.
  • 1 sortie ou 2 en endurance de 1h15 environ.
  • 1 entraînement spécifique dans le parc de Saint Cloud, avec côtes, escaliers, tirer-pousser, avec sac à dos chargé.
  • 1 sortie longue 2-3h en moyenne, là aussi avec sac chargé.

À noter, un stage à Vittel de 4 jours à la 9ème semaine : Un entraînement en nature avec des sorties biquotidiennes, mais aussi des étirements, des massages, de la détente, du sauna … loin du tumulte parisien.

La 11eme semaine a été la plus difficile, avec une intensification du volume. Semaine de charge purement quantitative, avec 5 sorties dont 2 biquotidiennes. Résultat : 120 km et 1300m+ en 8 jours!

JG : Comment as-tu travaillé la spécificité du terrain  (sable, rocaille, chaleur …) ?

Estelle : Concernant la spécificité du terrain, il n’a pas été possible de m’entraîner dans le sable. Aucune préparation spécifique non plus à la chaleur (bah oui, ici c’est l’hiver!). Mais je n’ai pas tant souffert de la chaleur. Il faisait environ 30 degrés la journée mais le temps était très sec donc supportable (NdeJG : rien à voir avec ce que l’on a vécu il y a un an au Cambodge). En revanche, j’ai plutôt été surprise par le froid et le vent la nuit.

JG : As-tu préparé spécifiquement le côté orientation au GPS ?

Estelle : J’ai découvert l’orientation GPS la veille de la course, par le parcours d’initiation qui était proposé 🙂

JG : Le fait d’avoir un coach spécialisé dans le trail et ayant lui-même déjà couru dans le désert (plusieurs « Marathon des sables ») est-il un plus ? Ou est-ce uniquement parce que tu adores Karim et qu’il te prépare aussi bien sur un marathon classique que sur un ultra ?

Estelle : Karim me suit depuis mes tout débuts en course à pied. Il me connaît mieux que personne et gère toutes mes prépas, mais c’est vraiment dans le domaine du trail qu’il est excellent. Il sait particulièrement bien adapter le programme à l’état de forme et au ressenti. L’entraînement spécifique à Saint Cloud avec lui, le samedi est de loin la séance la plus difficile et la plus efficace. C’est un avantage énorme d’avoir un coach spécialisé dans le trail pour s’attaquer à de telles courses. Ici, il connaissait le terrain du désert et les conditions. J’ai bénéficié de ses précieux conseils sur l’alimentation, l’hydratation, l’emballage optimal des lyophilisés, l’organisation du sac, la prévention des frottements et ampoules, la nécessité de s’écouter et de se reposer. Le seul point sur lequel il s’est trompé concernait les bâtons (NdeJG : débat que nous avons eu aussi avec lui au Maroc). Il ne voulait pas que je les prenne et ils m’ont grandement soulagée après 45 km, distance au delà de laquelle je n’ai quasiment plus couru.

JG : Avec le recul, que peux-tu dire de ta préparation par rapport à ce que tu as vécu durant l’épreuve ?

Estelle : Le plan et la préparation étaient parfaits. La meilleure preuve est que je suis allée au bout. Je suis partie au moment où je me sentais en forme et où je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus. Sur ces courses, il me semble que l’expérience joue également pour beaucoup; il fallait donc se lancer et rester prudente, tout en gestion.

JG : Que contenait ton sac à dos ? De quel modèle s’agit-il ? Quelles adaptations spécifiques as-tu faites sur celui-ci ?

Estelle : J’ai utilisé le sac WAA ULTRA 20L, le même modèle que celui du MDS, avec son pack ventral, hyper pratique. Aucune adaptation spécifique. Je m’y étais habituée pendant les entraînements. Il est bien conçu et s’adapte bien sur le dos sans bouger. Il descend peut-être un peu trop bas pour les filles. Ca finit par tirer au niveau lombaire, c’est pénible en fin de course. Mais je n’avais pas trop le choix.

J’avais 4 bouteilles de 75 ml, soit 3 l presque en permanence : 2 devant pour boire, 1 en ventral surtout pour m’arroser, 1 une derrière en secours. Je n’ai jamais tout utilisé, loin de là. Je ne dois pas avoir besoin de boire beaucoup parce que je me suis pourtant hydratée très régulièrement.

Dans mon sac, on trouvait :

  • le nécessaire médical obligatoire (élasto, antalgiques, antiseptique, compresses, sérum physiologique, éosine, compeeds…)
  • un tube de vitamine A (hyper important pour les lèvres!!! Sinon elles se dessèchent et gonflent…)
  • des lingettes, de la nok
  • 6000 calories réparties en lyophilisés (testés avant à Paris; sur place ce qui passe le mieux, ce sont les riz) et barres (1 entre chaque PC). Surtout du salé. J’ai adoré les barres Journey, sésame-gingembre et curry-coco. En sucré, j’avais juste des barres Aptonia choco-orange, ultra réconfortantes, quelques pâtes de fruits Isostar et 3 compotes (lyophilisées). J’avais aussi un sachet de cacahuètes-cajous, à grignoter en route.
  • des pastilles de sel (1/heure)
  • le matos obligatoire : couverture de survie (l’indispensable ++), couteau, couverts, miroir, boussole (la blague), briquet.
  • 1 paire de chaussettes
  • 1 coupe vent léger
  • 1 t-shirt ML en mérinos
  • 1 doudoune Uniqlo (rajoutée au dernier moment, après évaluation de la première nuit bien froide au camp)
  • la frontale Nao de Petzl avec 2 batteries. Toujours efficace en terme d’éclairage mais elle m’a un peu déçue car les batteries se sont déchargées sans explication. Je n’étais pas la seule dans ce cas d’ailleurs…seraient elles intolérantes aux importantes variations de température ?
  • un chargeur, des piles, mon iPod (NdeJG : je n’ai jamais vu Estelle courir sans son iPod, même sur la Saintélyon ou dans une séance de VMA sur piste)
  • GPS (avec trajet programmé) et balises étaient prêtés
  • Bachikele (photo E.Feyereisen)

    Bachikele (photo E.Feyereisen)

JG : Tes chaussures, chaussettes et fringues : comment les as-tu choisi ? Es-tu satisfaites de tes choix au final ?

Estelle : Pour les chaussures, j’ai pris mes Hoka Challenger. Je les connaissais déjà. Très confortables. Accroche moyenne mais parfaites dans le sable. Avec des guêtres Raidlight désert qui s’adaptent sur la chaussure par un velcro cousu par le cordonnier : Nickel. Pour les chaussettes, X-socks, comme d’habitude

En fringues : une jupette parce que j’aime bien les jupettes 🙂 Modèle très léger Raidlight. Un T-shirt Nike très fin mais couvrant les épaules. Une brassière Kalenji, comme d’habitude. Des manchettes blanches sensées protéger du froid et de la chaleur. Un buff parce que je déteste les casquettes 🙂 Un chech, hyper pratique contre le vent et le soleil

Au final, je suis plutôt satisfaite de ces choix.

JG : Si tu refaisais le Treg, que changerais-tu ?

Estelle : Je prendrais un peu moins de bouffe (discrètement, après les contrôles…chut!). J’emballerais absolument tous les orteils dans l’élasto, et pas seulement les trois plus gros, et je protégerai les talons. Je prendrais absolument toujours des gants. J’embarquerais peut être un bas plus chaud pour la nuit.

JG : Ton prochain défi ? Encore le désert ?

Estelle :  L’Eiger Trail 100 km et 7000 m+ en juillet. Ça va piquer et je ne suis pas sure de passer les barrières horaires. Sinon probablement le MDS, la Diag, la Restonica…il y en a tellement.

Et pourquoi pas le TREG à nouveau…c’est vraiment magique cet endroit!

 JG : Compte pas sur moi pour te suivre, je suis largué là 🙂 Grand merci à toi pour tout le boulot que t’a donné cet article.

Et si vous voulez encore de belles images, voici une petite vidéo faite par Estelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Strava de J.G.