[Récit/Vidéo] Lozère Trail 45 km – « Hell ain’t a bad place to be »

Contexte

2014 n’avait pas très bien démarré pour moi. Blessé pendant 3 mois, je suis privé de mon premier objectif marathonien à Paris. Plutôt que de me morfondre dans ma encore toute jeune passion de la course à pied, et avec l’aide de Jean-Christophe, un de mes coachs d’Urban Running, je suis un véritable plan de maintien en condition pendant ma guérison : vélo, home trainer, natation, PPG et le très ridicule mais efficace aquajogging. Sans parler de mon programme de contrôle des calories qui m’a fait perdre 7 kg.

Suivent alors 2 mois d’errements médicaux où « juré craché, c’est l’IRM qui le dit, pas de doute », on me diagnostique une tendinopathie de l’adducteur et me prescrit du repos, aussi bien chez le médecin du sport que le chiropracteur. Mon nouveau kinésithérapeute-ostéopathe me sort alors un nouveau diagnostic. Un blocage du nerf obturateur interne. Un truc classique comme les cruralgies ou les pubalgies mais sur un nerf profond. Impossible à soigner par des ondes de choc ou autre. Il faut : des manipulations, des exercices quotidiens d’étirements, de rotations et d’assouplissement , beaucoup de patience et très vite : courir à nouveau. Au bout de 2 séances, je tiens 20 mn sur le tapis de hamster du cabinet. Un mois après, je reprends mes premiers entrainements chez Urban Running. Blessé la veille de ma préparation marathon, je recours quasiment normalement la veille du marathon lui-même.

Mais il me reste 2 mois pour préparer le Lozère Trail. J’abandonne l’idée de participer au 35 km de The Trail à Sens dans l’Yonne mais la Lozère … Je suis inscrit sur le 45 km. Une distance que je n’ai jamais parcourue avant.

J’ai bien sur, encore plus l’espoir de faire l’Ultramarathon du Laugavegurin en Islande en Juillet.

J’ai pris un peu de plomb dans le crâne avec cette blessure. Je ne prendrai aucun risque.

Je les suis ces conseils ou pas ?

Cela commence par écouter mes coachs. Ceux-là même que j’aurais du écouter un jour de Janvier, avant cette sortie trop longue qui ma couté un marathon. Je redémarre doucement les entrainements. De la PPG/PPS d’abord, puis du seuil, de la PMA en côtes et de la VMA sur piste un mois plus tard. J’en profite pour participer à l’arrache aux Foulées Pantinoises, 10 km très sympathique (et gratuit) où je constate deux choses. D’abord sur ce parcours très roulant, je perds 2 mn par rapport à mon temps de décembre avec une côte démente et un trimestre de courses enchainées dans les pattes, tel un bourricot. J’ai donc fatalement perdu de la VMA. Rien d’anormal, je n’ai fait ma première séance de fractionné court en 3 mois qu’une semaine auparavant.

La deuxième chose c’est que je finis presque « un peu trop en forme ». Pas d’envie de vomir à l’arrivée. Cardio plutôt calme à 86% de Fréquence Cardiaque Maximale en moyenne et à 93% au finish. Je n’ai pas forcé, suivant les recommandations d’Olivier Gaillard un peu trop à la lettre : « tu essaies de ressentir du plaisir pendant les 2 tiers ». J’étais tellement dans le plaisir béat, malgré la chaleur, que je me suis littéralement fait surprendre par le 8ème km. Trop tard pour me mettre dans le rouge et rattraper mon retard. Mais ça fait du bien de ressentir l’odeur du dossard et pas de douleur. Et j’ai l’impression que, si j’ai perdu de la vitesse, je suis en bien meilleure forme qu’en Janvier.

Je me bricole un plan d’entrainement pour le trail. En m’inspirant du cadencement des sorties longues et des semaines (en méso-cycles de 4 semaines) du plan détaillé ici . Pour remplir mes autres séances hebdomadaires, j’ai le choix dans toutes les séances à la carte d’Urban Running : PPG/PPS, PMA en Côtes, VMA sur piste, Seuil, Fartlek et même une nouveauté, les sorties trails. J’y ajoute mes bonnes habitudes du trimestre blessé : 2 séances de natation, 1 de home trainer et une sortie vélo route ou VTT selon la météo. J’ai toujours dans l’idée de m’essayer au triathlon en septembre. J’abandonne l’aquajogging. Il ne faut pas exagérer, je préfère courir.

Bien sur, mon objectif est l’Islande. Le Lozère Trail est idéalement placé pour jouer le rôle du trail d’entrainement. Si je me limite à 25 km bien sur. J’ai droit à toute sorte de conseils. La majorité pensent qu’il faut que je fasse gaffe à ma blessure. Celle-ci est toujours là, enfouie, ne s’exprimant que chez le kiné. Elle ne me gène plus du tout quand je cours. Ce serait presque l’inverse. Mon kiné ne voit pas de contre-indication à cette course.

L’ami Thomas, montagnard et triathlète, pense que mes pauvres petits entrainements de parisiens dans les forêts d’Ile de France, avec mes 3h maxi pour 500m de dénivelé positif, me destinent plus à un petit trail ou à du roulant qu’à ce parcours casse-patte de 45 km. Il a surement raison. Ah la raison !!!

Le marron c'est quand ça dépasse 15% de pente.

Le marron c’est quand ça dépasse 15% de pente (source openrunner.com / Salta Bartas, Chanac)

La surcompensation mentale

Vous connaissez la surcompensation mentale ? C’est comme ça que j’ai envie de décrire ce que j’ai vécu ces derniers mois. Gonflé à bloc avec la tête pleine de plans, d’objectifs progressifs pour aller vers toujours plus long, j’emmagasine de l’énergie mentale à fond. Et tout d’un coup, la blessure fait tout arrêter. Au lieu de déprimer, je vais inconsciemment faire d’énormes ressources de motivation. Et dés que je peux recourir un objectif, même secondaire, cette énergie mentale me submerge. C’est précisément ce qui m’est arrivé au Lozère Trail.

Bien sur, il n’est pas question de refaire les erreurs de bourricot, même si je suis précisément inscrit à ce trail sous le nom de notre nouvelle team : « Bourricot Runners ». Motivé oui, mais prudent. Il ne s’agit pas de se priver de course à pied pendant encore des mois. Une blessure m’aura été au final plus que bénéfique. Mais deux, je pense que j’aurais du mal à rester zen.

Chanac

Anne-Claire et moi avons découvert la pratique du trail l’année dernière au même Lozère Trail de Chanac. Sous une pluie battante, le parcours de 14 km, avec ses 500 m de dénivelé, a été une révélation pour nous deux. Le bitume n’a plus jamais eu la même attraction depuis. Et nous sommes tombés amoureux de la Lozère par la même occasion. Au point d’y revenir en Juillet dernier pour le mythique semi-marathon de Marvejols-Mende.

"La Lozère ce n'est pas plat" (photo Olivier Picard)

« La Lozère ce n’est pas plat » (photo Olivier Picard)

Tout naturellement, nous avions l’intention de revenir au Lozère Trail. Et pour l’occasion, nous avons entrainé une grosse bande d’amis. Aussi bien côté Urban Running que de nos plus vieux amis. JC (Babaorun) notre coach fait aussi partie du voyage. Ce trail l’inspire en préparation du Marathon du Mont-Blanc, 3 semaines après. Pas moins de 11 urbanners (dont 2 blessés qui prendront des photos) et 3 couples de potes partent à l’assaut de ce trail.

Dans notre gite, sur les hauteurs de Marvejols, le repas de veille de course ne respecte pas vraiment les recommandations d’usage. Surtout au niveau taux de houblon et liquide rosé frais à base de raisin. Surtout pour l’homme bionique, Cyril, que l’on a déjà vu capable de pédaler pendant 110 km après un trail nocturne et un apéro copieux.

Cette année, nous sommes venus en nombre

Cette année, nous sommes venus en nombre

On est clairement dans un week-end de Pentecôte entre amis, avec juste … une petite course au milieu. Gageons que nos deux champions, JC et Stephan, sont plus sages de leur côté. Ceux qui veulent s’initier sont inscrits au 14 km, la plupart sont sur le 25 km, avec 1000 m de dénivelé quand même. Et nous sommes 4 à être inscrits sur le 45 km avec ses 2300 m de dénivelé. La particularité du Lozère Trail est que les 17 premiers kilomètres sont communs au 25 et 45. Du coup, il est possible de choisir la distance définitive au 1er ravitaillement. J’ai clamé partout que je me « contenterai » du 25 km, prudent que je suis avant les 55km en Islande, dans à peine 5 semaines. Dans le sas de départ, je réponds « je n’ai pas décidé, je verrai au ravito » à la question sur mon choix. Et même si mes amis ont l’air de ne pas me croire, c’est encore vrai à ce moment. J’ai quand même mal dormi en retournant l’envie de m’aligner sur 45 km. Je n’ai jamais couru plus de 25 km. Et jamais fait plus de 800m de dénivelé en trail. Je me dis à quoi bon faire encore un 25 km. Le long me permettrait de débloquer un verrou psychologique intéressant. J’ai bien étudié le parcours : 6 bosses enchainées, pas beaucoup de roulant, la chaleur écrasante mais pas mal de zones boisées à l’ombre. C’est clairement plus difficile que l’Islande – 1 grosse bosse et du roulant pour 1900 m de D+, à part bien sur au niveau climat, le risque de neige n’étant jamais loin, même en juillet. Sans compter que l’année dernière, ils ont eu vent de face sur tout le parcours.

Mais pour l’heure, on annonce plus de 30°C en Lozère. Le thermomètre de ma Fenix 2 parle de 32°C de moyenne. Je vais devoir gérer cela. Un excellent test pour mon récent sac à dos Raidlight et ses deux bidons de 0,75l chacun. Un pour l’eau claire. L’autre pour une boisson à base d’electrolytes et de carbo-hydrates.

J’ai chargé les traces GPS des 2 parcours dans ma montre. Et je choisis de lancer le 25 km au départ. Comme un dernier sursaut de ce que je crois être la raison. Aaaaaah !!! La raison.

Sursaut de raison ?

Sursaut de raison ?

 Le jour J

Dans le parking devant le départ, nous retrouvons tous nos amis. Sur toutes les courses du week-end, il doit y avoir 700 coureurs. On est loin d’un gros trail alpins mais l’organisation est exemplaire. Environ 400 inscrits sont là pour le 25 ou le 45 dont le départ commun est donné à 8h30. La première partie du départ dirons-nous. Parce que la tradition du Lozère Trail est de neutraliser toute la traversée du village en obligeant le peloton à suivre … un tracteur avec des musiciens qui jouent dessus. Bizarre.

(Photos Olivier Picard)

(Photos Olivier Picard)

Ceci dit, même si je connais déjà la ville, c’est sympa ce petit morceau de tourisme. Le tracteur nous lâche avant une montée dans la ville vers le donjon du XIIème siècle. Cette fois c’est parti. Et on sait déjà qu’il n’y aura pas beaucoup de plat.

On arrive très vite dans des singles. Je suis une dame qui court encore alors que je marche à la même vitesse. Mais très vite, je trouve mon allure et ne suis plus gêné par les personnes devant. La politesse fonctionne très bien pour laisser passer les plus rapides. Ca change des courses parisiennes.

Les Sallelles

Vers le 14ème kilomètre, nos deux amis blessés privés de course, Amandine et Olivier, nous attendent pour des photos. Olivier me dit en passant que l’ami Cyril, fossoyeur de bouteilles de rosé de la veille, n’est pas très loin devant mais que j’ai une super descente technique juste après. Et ce n’est pas exagéré. Je laisse passer l’assistance en moto. Costaud le gars. Il descend tout gaz coupés et roues bloquées. Je sors la GoPro pour prendre une leçon de descente avec les traileurs confirmés. Bon, le moins que l’on puisse dire c’est que beaucoup choisissent de descendre sur les fesses. Le style n’y est pas. J’en vois quand même un voler par dessus les cailloux.

Encore frais au 14ème km (Photo Olivier Picard)

Encore frais au 14ème km (Photo Olivier Picard)

On est à beaucoup plus que 20% de pente et ça glisse.

Arrivé enfin sur le plat en contrebas, je file vers le hameau Les Sallelles. Une petite alerte de début de crampes aux deux mollets m’oblige à ralentir un peu. Le ravitaillement du grand choix est déjà en vue. Je m’y arrête au moins 10 mn. Je prends le temps de bien m’alimenter mais ce n’est clairement pas ce qui me fait perdre du temps. Je regarde la personne de l’organisation qui oriente les coureurs : « Le 25 c’est pas ici, le 45 par là ». Plus moyen de reculer. Je prends quand même le temps – trop de temps- de réfléchir.

Son surnom c'est Bikette. Je me suis toujours demandé pourquoi.

Son surnom c’est Bikette. Je me suis toujours demandé pourquoi.

Je fais un rapide bilan : j’ai déjà fait plus d’un tiers. Ma montre indique 698m de dénivelé positif donc presque un tiers de ce côté là aussi. Je pensais mettre 2h mais je suis à 2h16 de course au ravito. A ce rythme, je pense que je pourrais finir le 25 km en 3h30 maximum. C’est d’ailleurs assez naîf vu les temps de mes amis. Même les meilleurs d’entre eux sont à plus de 4h. Niveau douleur venant de ma blessure : rien. Il y a bien les alertes crampes aux mollets mais ce n’est pas comme si je n’avais pas eu à les gérer toute ma vie. Pour ce qui est du confort : aucun problème avec le sac à dos, mon nouveau maillot Raidlight tient ses promesses de respirabilité et la cure de Nok de la semaine associée au confort de mes Xodus ont préservé mes pieds. Aucun signe d’échauffement. Je me demande même si, un jour, je reverrai ma vieille amie la périostite tibiale qui m’a tant embêté l’année dernière. Je suis tombé dans les cailloux après le 14ème, mais ce ne sont que quelques égratignures. Bref, le contrôle technique est catégorique : le véhicule est apte.

Le cerveau, lui, bouillonne.

Le grand choix

Ai-je envie que ce Lozère Trail s’arrête si vite ? Je pourrais alors faire un bon repas, peut-être l’aligot saucisse de l’année dernière. Et aller me rafraichir l’après-midi dans les gorges du Tarn avec les amis. Mais je suis tellement bien, j’ai parfaitement géré l’hydratation et la chaleur jusque là. Et on passe sur l’autre versant de la vallée du Lot, beaucoup plus boisé. Je n’ai clairement pas envie d’arrêter de courir. Ai-je envie, au contraire, de gambader une grande partie de l’après-midi dans un paysage magnifique ? Oui. Et-ce que toutes les descentes techniques sont comme celle du 14 ème km ? On verra bien. Je vois mes compagnons d’entrainement Estelle et Richard arriver au ravito. Je leur laisse mes clefs de voiture avec un message pour Anne-claire. Bourricot is back !!! Au moment de partir dans la direction indiquée par l’organisation, je dois être dans un état second, sous le choc de ce choix. Je ne vois pas la rubalise qui indique de quitter la route sur la gauche pour monter dans un sentier. Je continue sur 1km la route avant que ma Garmin m’indique un écart de route trop important. Je réalise que je ne vois plus de rubalise. Je redescends. 2km de perdu. Ça commence bien.

Plus que 28 km … Prochain objectif le ravitaillement en eau du 29ème km, à Chardonnet. Je vais découvrir que 12 km en « moyenne » montagne, ça peut prendre beaucoup, beaucoup de temps. Surtout quand on emprunte deux bosses complètes, avec un peu plus de 700m de dénivelé positif. Mais le parcours est agréable. Casse-patte mais joli. Je fais quelques séquences selfies avec ma caméra. C’est sympa de parler à sa caméra. Ca change les idées.

J’essaie mes bâtons. Je ne les ai utilisés que sur une seule sortie longue avant ça. Je pense avoir bien compris les différentes techniques en montée comme en descente. Je ne le rangerai plus jusqu’au bout. Je suis clairement en train de faire une sortie longue d’entrainement. Je ne pense pas que je suis en train de faire la plus grosse distance et le plus gros dénivelé cumulé que j’ai jamais fait en course. J’ai même carrément un sourire béat en appréciant la beauté de ce pays que j’adore. Le « smile » comme on dit. Il y a bien un endroit où je devais dépasser mes limites, il fallait que ce soit celui-ci. Je me rappelle avoir feuilleter des offres de maison dans le coin il y a quelques mois.

La Lozére ce n'est pas plat (2) (Photo Anne-Claire Corral-Birot)

La Lozére ce n’est pas plat (2) (Photo Anne-Claire Corral-Birot)

Chardonnet, 29,3 km

Le petit hameau tant attendu est enfin devant moi après une longue descente technique mais sans plus. La fin de la 3ème bosse, celle-ci étant en deux parties. Au niveau descente, je n’ai encore rien vu. Les bénévoles qui servent à boire sont plutôt sympathiques. Il y quelques coureurs qui attendent que l’on viennent les chercher. La chaleur a eu raison de leur volonté. Il y aura pas mal d’abandon.

Je mets une batterie chargée dans la GoPro qui est éteinte depuis une heure et demie. Je n’avais pas vraiment prévu de mettre 2h22 pour faire 12 km.

Petit SMS à Anne-Claire pour lui dire que ça va encore et lui donner ma position.

Comme je sens un peu les pieds chauffer, j’en profite pour les rafraichir dans la fontaine du village et remettre un peu de Nok. Je refais le plein de poudre dans ma gourde de droite. Je remplis les deux d’eau bien fraiche et je repars en remerciant sincèrement ces gens qui attendent patiemment que nous passions. Le premier est passé vers 11h. Il est environ 14h30.

Comme pour les 3 précédentes, la montée de la bosse démarre tout de suite. « La Lozère ce n’est pas plat, mon bon monsieur ». J’avais remarqué oui. Le prochain objectif mental est plus près. C’est le ravitaillement du 32ème km en haut de la bosse. « À peine 3 km ». À peine, oui. Grand peine même.

Tiens ma ceinture cardio-fréquencemètre a décidé de me lâcher. JC me disait de faire le trail aux sensations. Je voulais surveiller le cardio pour rester dans une zone entre 80 et 85% FCM. Mais c’était la théorie. Ma FC fait des bons normaux entre les montées et les descentes. Ça ne me manquera pas tant que ça. Depuis le début, je gère le parcours avec le tracé de l’altimètre en le comparant au profil altimétrique de la brochure. Comme ça je sais où sont les ravitos en fonction des bosses. La distance m’importe peu.

Le parcours est entièrement sous le soleil. D’abord sur la route puis une large piste qui traverse des champs. Il y a un peu de vent pour faire de l’air. Quand j’aperçois la tente bleue en haut, mon GPS m’indique que j’ai fait plutôt 4 km, dans les 210m de dénivelé depuis le point d’eau … en une heure. Ouaaaah !!! Quelle allure. Et je remercie le dieu des bâtons qui me servent presque de béquille.

Je plonge la tête dans la bassine d’eau fraiche. Cette fois, je mange un peu plus salé : fromage de brebis, jambon, saucisson, tuc, pain aux noix … J’ai épuisé deux paquets de GÜ chomps depuis le départ, sans compter le sucre de ma poudre dans la gourde. Je pense qu’au niveau énergétique ça va. J’ai juste une fatigue normale après 5h30 d’effort. J’imagine puisque j’ai dors et déjà dépassé ma distance maximale. On est un peu plus nombreux à ce ravito. Et je vois arriver plus de gens. J’ai donc tant ralenti que je me fais rattraper ?

Une des deux crampes au mollet s’est déclenchée lors d’un passage de clôture. Mais elle est passée presqu’aussi vite qu’elle est venue. C’était mon seul vrai bobo. Il n’a pas résisté à mon mental inaltérable du au réel plaisir d’être là.

Une des bénévoles me dit que la prochaine descente, vraiment technique, est équipée d’une corde. « Ça vous changera les idées !!! Mais faites attention quand même ». Merci Madame. Je trouvais que les lozériens était plus accueillant que dans beaucoup d’endroit du sud (y compris chez moi dans le sud-ouest). Mais les bénévoles du Lozère Trail surpasse de loin l’idée que je me fais de la sympathie. On ne les remerciera jamais assez de cette organisation exemplaire. Prochain objectif : le ravitaillement de la route du Cros, au km 41. Dans 9 km. Sauf que cette fois, je sais que ça va être long. La descente technique et deux bosses.  Sinon les cordes c’est marrant … la première fois. La deuxième un peu moins.

Le paysage est toujours un motif de distraction qui fait du bien. Cette portion passe par la Grotte des Baumes. Je demande à la personne de l’organisation de me prendre en photo. À cause des dévers, le sentier est plus propice à la ballade prudente qu’à la course pour un non-montagnard comme moi. Mais c’est tellement beau.

La Grotte des Baumes

La Grotte des Baumes

Je ne sais pourquoi mais je pense que la barrière horaire n’est pas loin de moi, qu’il ne faut pas que je fasse trop de tourisme et que je dois arriver avant 16h30 au 41ème. Je ne sais pas d’où ça sort. En fait, le monsieur qui m’a pris en photo gérait la barrière horaire qui est à 16h à la grotte. Je suis déjà passé et il n’est pas encore l’heure fatidique.

Route du Cros, 41km

Je quitte le dernier ravito pour une dernière bosse. Peut-être la pire vu le dessin sur la brochure. Avant cela, la 3ème descente bien abrupte avec une corde. Un peu plus longue celle-ci. La 3ème fois, ça ne fait plus trop rire. Pas à 4 km de l’arrivée.

Mon GPS Garmin en profite pour lâchement m’abandonner et se figer sur les 3,65 km restant. Sympa. Je ne vais donc pas savoir où j’en suis de l’ascension de cette bosse qui parait sans fin. A un moment, je vois que le chemin s’arrête en bord de pente et je vois Chanac. J’entends la sono de l’arrivée. Pas terrible la musique.

Je pense que je vais enfin aborder la dernière descente. Cela fait un petit moment que je ne pense qu’à une chose : une bière fraiche. Pourtant, je n’en bois pratiquement plus. Mais là, je n’ai envie de rien d’autre. Un truc frais, pétillant et légèrement amer. On a rien inventé de mieux après avoir subi une chaleur écrasante pendant plusieurs heures d’efforts continus.

Mais non, ce n’est pas la descente. La rubalise est là pour me rappeler que je dois encore monter. Vu la pente, je me dis que ça risque d’être à quatre pattes. Ca ressemble à la pente de trop. Mais ça c’est parce que je n‘ai pas encore vu la descente.

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Ce n’est pas plat la Lozère mais c’est beau

Je m’engage dans ce dernier calvaire. Un bénévole m’encourage sur les 50 derniers mètres. Il me parle … « Encore un effort, une descente et c’est la bière ». Il lit dans mes pensées ou quoi ? J’arrive enfin en haut. A l’antenne. Le bénévole m’invite à faire un petit break à l’ombre du bâtiment, à boire un coup avant d’aborder la descente …technique. « Ah parce que vous avez autre chose en catalogue que des descentes techniques dans ce trail ? » Il me recommande de faire attention. C’est la plus dure et la dernière, le risque de blessure est maximal. J’ai tenu ce pari un peu fou de me lancer sur un trail que personne ne me conseillait, ce n’est surement pas pour me casser une patte dans le dernier kilomètre. Je pars tranquillement et très vite je me retrouve AVEC UNE CORDE. Quasiment jusqu’en bas, je passe d’une corde à l’autre. Près d’un km à se bruler les mains. La 4ème fois, je ne ris plus du tout.

Je vais tellement lentement que je me fais dépasser par un gars qui semble avoir garder un semblant de caisse juste pour cette fin de course. A moins qu’il soit moniteur d’acrobranche.

Quand je sors du bois, je suis dans Chanac enfin. Sous l’arche, ma chérie et nos potes sont là et hurlent. Cyril, arrivé il y a plus d’une heure et quart, me tend sa bière. Je vais faire badger ma puce au bout du tapis rouge. Ça y est je suis …

… Finisher

Sans médaille, sans t-shirt spécifique mais avec le « smile » et un point de qualification UTMB. Mon premier. Je ne ferai jamais l’UTMB mais une des courses autour comme la Trace des Ducs de Savoie, qui sait. D’autant que maintenant j’ai beaucoup plus confiance, avant l’Islande qui me rapportera un point supplémentaire.

Ce n’est pas vraiment à ça que je pense en passant la ligne d’arrivée et quand ma petite femme vient me prendre dans ses bras, j’ai cette réaction prévisible, mais bizarre pour elle, « je veux ma bière ». Et mon pote Sélim arrive avec un grand verre d’une bonne binouze fraiche, la meilleure du monde.

Anne-Claire a l’air soulagée. Elle a vu arriver les deux champions, JC et Stephan, à la limite de la déshydratation. JC ne l’a pas rassurée en pensant que j’avais été fou de me lancer la dedans avec cette chaleur. Parce que lui ne l’a subi que 6h15. Moi …8h58. Mais aucun signe de déshydratation.  J’ai parfaitement géré tout ça. Le lendemain et le surlendemain montreront que j’ai eu raison de ne pas prendre de risque. A peine quelques cuisses qui chauffent. Très peu de courbatures. J’ai aussi vu le bénéfice de ces heures d’abdos-gainage pour le maintien d’une posture quand j’étais fatigué. Sans parler des exercices de proprioception, qui sont surement pour quelque chose dans le fait que c’est le premier trail où je ne me tords pas la cheville. J’ai rattrapé tous mes appuis instables. OK, peut-être qu’il en aurait été autrement avec de la vitesse en descente.

Et avec tout ça, un moral en acier trempé.

C’est quand déjà le prochain ?

Chaud !!! (source Garmin Connect - Fenix 2)

Chaud !!! (source Garmin Connect – Fenix 2)

Le soir avec Cyril, à l’apéro, nous faisons déjà des plans pour revenir l’année prochaine. Cette fois pour l’Ultra : 2 étapes en 2 jours avec 52 ou 53 km et près de 3000m de dénivelé chaque jour. La jonction entre les gorges du Tarn et la vallée du Lot en passant par le causse. Encore plus beau et plus fou.

Avec Cyril, finisher en 7h38. En prépa de la Diagonale des fous.

Avec Cyril, finisher en 7h38. En prépa de la Diagonale des fous.

Liens

Autre récit du Lozère Trail 2014 : Moe Baxters, comme à l’accoutumée, raconte sa découverte du trail en BD-Patate.

La version des Babaorun, AL sur le 25, JC, notre coach et ami, sur le 45.

Le site officiel du Lozère Trail.

Un récit intéressant datant de l’édition 2010. Je l’ai lu, je savais à quoi m’attendre en cas de fortes chaleurs.

Et ne ratez pas le superbe film officiel résumé de l’édition 2014. Si vous aimez le trail, vous aurez envie d’y aller l’année prochaine.

Et bien sur, la version vidéo de ce récit pour me voir me décomposer en direct devant la caméra.

 

Et si on refaisait le plein de protéines ?

Et si on refaisait le plein de protéines ?

11 Comments on “[Récit/Vidéo] Lozère Trail 45 km – « Hell ain’t a bad place to be »

  1. Un magnifique récit, les bénévoles sont super parce que les coureurs ont la banane! En tous les cas en tant qu’organisateur c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu votre CR.
    Allez un petit secret:
    Vous avez couru la dernière édition du 45km du Lozère Trail, l’an prochain, le 45 sera rempalcé par la deuxième étape de l’Ultra Lozère.
    Un parcours commun, plus de monde sur le parcours, 5 km à modifier sur le final de l’Ultra, mais c’est pratiquement fait, pas de corde dans les descentes de la deuxième étape sauf pour la dernière 😉

  2. Pingback: Le Lozère trail des babas, 25 ou 45 km, au choix ! | babaOrun

  3. Tu as géré ça comme un ingénieur. Ingénieur passionné. Bravo et content pour toi et ta super réaction quant il a fallu te botter les fesses cet hiver.

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