[Récit] Marathon Race 2017

Cela fait pile un an que je n’ai pas écrit de récit de courses. Beaucoup de choses ont changé dans ma vie depuis et mon rapport à la course à pied a forcément subi quelque influence de tout ça.

Déjà, sur le plan purement sportif, 2016 n’a pas un bilan très positif. Mon objectif de l’année; l’Endurance Trail 100km, s’étant soldé par un abandon sur blessure. Une entorse faite 2 semaines avant à l’entrainement. La malchance.

La non-préparation

Depuis, malgré le travail très positif avec Anaëlle, préparatrice mentale de XRun, je n’ai pas réussi à me motiver pour épingler un dossard. J’ai même lâché une de mes courses préférées, le Trail des Citadelles, qui devait être, pour une fois, un vrai objectif de début de saison. Bien sur, cette année, il a fait beau et sec, sans la moindre trace de boue. Et pourtant, il y a 2 mois, ma préparation était plutôt correcte, après mon stage dans le désert du sud marocain, avec le coach Karim et mon ami Philippe qui préparait le Marathon des Sables. Sans oublier les séances de PPG/PPS trail avec le même Karim, en complément de mon entrainement XRun. J’avais même optimisé mon poids en perdant quelques 5 kg en quelques semaines, au sortir de l’hiver.

Et puis non. J’ai commencé à reprendre gout aux grasses matinées du dimanche matin et à sauter un peu trop de sorties longues, malgré quelques belles séances avec mes amis ex-urban runners ou XRun.

J’ai suivi de manière chaotique le plan de mon coach Frédéric Lejeune pour arriver jusqu’à ce week-end à Annecy. Je n’ai pratiquement jamais fait une semaine avec toutes les séances. Entre le boulot, un peu plus prenant que d’habitude, et une nouvelle vie privée, je n’ai pu m’astreindre à faire que le minimum scolaire : quelques fractionnés courts/long/seuil, les séances de côtes, seuil ou autres avec XRun. La PPG a quasiment disparu de mon agenda. Faut dire que c’est chiant la PPG non ?

Ca va être dur de revenir sous cette arche le lendemain

Ca va être dur de revenir sous cette arche le lendemain

Niveau poids, le manque d’attention sur le sujet (comment ça le vin et les restos ?) m’a fait reprendre les 5 kg perdus quelques temps auparavant. Avec plus de 81kg sur la balance, on est loin d’un poids de forme. Va falloir trainer la carcasse dans l’pentu mon bon monsieur.

En résumé, on fait mieux pour affronter un « petit » 42 km savoyard avec 2800m de dénivelé positif et un terrain réputé exigeant, surtout dans les descentes, ma faiblesse habituelle.

J’en étais donc à me dire que c’était un baroud d’honneur avant un break dans ma pratique du trail, en espérant que la motivation pour des prépas longues revienne un jour prochain. Une petite dernière pour la route ..enfin le sentier … enfin j’me comprends. Je pensais alors avoir le niveau, ou tout au moins l’expérience, pour être juste finisher.

La sortie club de XRun Trail

Il faut dire que mon club XRun a décidé de faire sa première grosse sortie trail sur ce week-end de Maxi-Race, avec pas moins de 32 adhérents inscrits sur les différents formats. Inscrit de dernière minute, parce que sur liste d’attente, je rejoins le gîte de la bande, l’avant-veille de la course. Je pars de Paris avec mon ami Loï, qui court avec son club sur la Marathon Race, comme moi. On se retrouvera sur la ligne de départ.

La Maxi-race étant un évènement important sur le calendrier de trail français, beaucoup d’amis et de connaissances sont là-bas.

Quelques furieux XRunners se lancent dés le samedi sur la Maxi-Race, le tour complet du lac sur 86km, la version XL, même parcours mais en 2 étapes, dont la deuxième emprunte le même parcours que nous, une heure avant, ou encore l’Ultra de 110km. Il fait déjà très chaud, plus de 30° à l’ombre. Et tout le parcours est loin d’être à l’ombre en montagne.

Ceux qui, comme moi, ne court « que » le dimanche auront le loisir de découvrir qu’Annecy, par beau temps, ressemble à une de ces stations balnéaires immondes du pourtour méditerranéen. Sans moi merci. Il y a autant de bouchons et de pollutions automobiles ici que sur le périph parisien. Quand je pense à toutes les vannes qui fusent sur l’Eco-Trail de Paris, en environnement pollué, de la part de certains haut savoyards. Bref … Il me tarde de voir tout ça de plus haut, pendant la course.

Philippe Hérisson, le kiné et boss de l’équipe, nous invite à un petit footing en sous-bois le matin. Au moins, on sait pourquoi on vient ici. C’est beau, ça sent bon, c’est agréable, ça monte et ça descend. C’est le trail. Et j’aime ça.

Les vues sur le lac ne déçoivent pas.

Les vues sur le lac ne déçoivent pas.

Dimanche matin

Finalement la chaleur ne m’aura pas empêché de faire deux bonnes nuits d’affilées. Même si la deuxième est un peu courte, vu que l’on se lève à 5h pour un départ à 7h30 depuis Doussard, à 20 mn de notre gite.

Je retrouve au départ les XRunners du sas 4, le plus lent pour les coureurs ayant une côté ITRA. Loï est également là.

D’habitude, je suis les recommandations de notre coach Fred pour le début de course : laisser les furieux partir trop vite. Mais, à l’instar des Templiers, où je me suis fait avoir 2 années de suite, il y a ici 3 km de presque plat, avant la première montée qui risque de faire des énormes bouchons. Philippe, en super forme après une très belle performance sur la Vertical Race, 2 jours avant, nous conseille d’accélérer pour se dégager. Qui écouter ?  Fred ou Philippe ? Au final, je me dis que 3 km ce n’est rien, que je reprendrai mon souffle en marchant dans la côte. Je suis à 12 km/h avant l’arrivée vers la première montée vers le col de Forclaz.

Mais dans le sas 4, celui des besogneux de fin de peloton, cela ne permet pas d’éviter les bouchons. Et la fin de la côte sera pleine de ralentissement avec quelques arrêts complets. Dans ce genre de gros trail, avec 1500 coureurs, on apprend la patience. Et pour ma course de baroud d’honneur, je me fous du temps. Les barrières horaires ont l’air large de toute façon. J’aurai plus de 2 heures 30 d’avance sur la première.

Patience, patience !!!

Patience, patience !!!

On est encore en sous-bois et il fait encore relativement frais. J’ai bien dit relativement. Quoique ralenti, cette montée a quand même l’air tranquille. J’aurais presque pu y courir par endroit. Mais tout le monde a déjà sorti les bâtons et on pousse. Comme à mon habitude, je n’ai sur ma montre que l’altitude affichée pour patienter jusqu’au haut du col.

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Une brève halte au premier ravito en eau,  pour faire baisser la température du moteur, et c’est reparti. Une fois passé le Chalet de l’Aulp, c’est une autre paire de manche qui nous attend : 400 m de D+ sur 2 km, sous le soleil. Avec un petit passage avec cordes, histoire de bien ralentir le peloton qui ne s’étend finalement jamais. La chaleur m’empêche un tout petit peu d’apprécier le magnifique paysage à sa juste valeur. Il y a quand même des passages très sympas, comme ce petit tunnel de neige, avec son bouquetin broutant tranquillement au dessus, comme déposé là par l’office du tourisme. Le rythme est toujours très lent, à la « queue-leu-leu ».

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Je sens quand même que je gère beaucoup mieux ces conditions climatiques qu’il y a quelques années. Depuis mon accident sur les Passerelles du Monteynard et le Cambodge, je suis devenu un pro de l’hydratation : sels minéraux dans toutes mes flasques, jamais d’eau vraiment plate et une alarme toutes les 10 minutes pour me dire de boire 4 ou 5 gorgées. En mouillant ma casquette à saharienne au moindre point d’au, torrent, source, fontaine de village … je n’aurai les tempes qui chauffent que pendant un petit moment au milieu de la course. De brèves céphalées qui disparaitront après le ravito du 26ème km. Sur le coup, ça m’inquiète un peu parce que je suis assez sujet à ça en ce moment, sans en avoir encore identifier la cause.

Il faut bien les trouver quelque part les 2800m de D+

Il faut bien les trouver quelque part les 2800m de D+

Une fois arrivé au sommet du Roc Lancrenaz, altitude 1660m, 5 km de descente nous attendent jusqu’à un 2ème ravito en eau. Rien de bien compliqué. Même si je suis toujours aussi nul dés qu’on sort d’un chemin large et roulant.

Par contre, au niveau musculaire, ça commence à sentir le manque de PPG de ces derniers mois. Ischios, adducteurs, alertes de crampes … Aie !!! Les genoux, habituel point faible de mon manque de technique dans les descentes, ont bizarrement l’air de tenir le coup. J’essaie d’alléger ma foulée. De me rappeler tous les conseils des coachs et le travail de visualisation mentale vu avec Anaëlle sur le sujet.

Le reste du corps m’en veut un peu. Je sens bien que je suis moins frais que lors de mon dernier trail équivalent, à Val Cenis cet été. Et cela ne fera que s’accentuer sur le reste du parcours. L’expérience et le mental vont me conduire malgré la souffrance et le manque absolu de plaisir. Un phénomène auquel je ne suis pas habitué, vu que je m’éclate même par des conditions dantesques, ayant toujours l’impression de vivre une vraie aventure ou étant dans une « zenitude » en communion avec la nature ou en totale introspection. Pas ici. J’ai mal et je suis en pilote automatique.

Je suis, sans réfléchir, un groupe de 3 personnes, 1 filles , son copain et son frère. Le frère, un peu dans le dur, imposera au groupe un rythme quasiment calé sur le mien jusqu’à la fin de la course.

Tourisme sportif ...

Tourisme sportif …

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Un seul ravito : Menthon St-Bernard

Une succession de « bosses » m’amène, au bout de 5 heures de course, au seul ravitaillement en nourriture du parcours à Menthon St Bernard. 26 km en 5 heures, je peux encore espérer finir en un peu plus de 8 heures, même si la machine couine un peu.  A partir de là, il n’est sensé rester que 16 km mais au moins 1200 m de D+ et autant, voire plus, de D-. A partir du moment où je vois le panneau « il reste 10 km » dans l’ascension du col des Contrebandiers,  je sens bien que je n’ai plus la fraicheur pour garder un petit 5km/h de moyenne. Pourtant, la montée alterne avec des petites portions de répit et est pratiquement ombragée tout le long. Je tente de trottiner quand je peux mais ça tire de partout. L’ascension du Mont Baron semble vraiment interminable. Je suis cramé, comme lors de mes pires trails de débutants.

Quant à la fameuse descente, réputée physique et technique, sur les 4 derniers km avant d’arriver au bord du lac, c’est l’horreur intégrale. 900 m de dénivelé négatif dans la rocaille et les racines  et la douleur permanente. La veille, François d’Haene, vainqueur de l’ultra 110km en moins de 13h, a mis moins de 20 minutes pour descendre ce monstre. Je vais mettre 1h10. Si j’ai bien compris, la Vertical Race, 4km pour 900m D+, passait par là. Donc Philippe, avec ses 50 mn, a mis moins de temps pour monter ce truc que moi pour descendre.

Les passages où je trottine encore se font de plus en plus rares. Le moindre effort en excentrique est intenable. Je retrouve Benoit, compagnon d’entrainement chez XRun, avec son t-shirt, acheté la veille, déchiré et plein de sang. Visiblement marqué par une chute violente. On se dit que les entrainements au Parc de St Cloud ne nous ont pas forcément préparé à ça. Il accélère. Probablement l’appel de l’écurie. Je le laisse filer, incapable de me forcer à quoi que ce soit.

Ce n’est qu’à partir du moment où je vois bien le lac et le toit des maisons d’Annecy que je peux augmenter un peu le rythme. Bien sur, à chaque bénévole nous encourageant, je demande combien il reste pour arriver au lac. Et bien sur, j’ai autant de réponses insatisfaisantes que de personnes 3 km, 2,6 km 20 mn après, 3 km de nouveau, 1 bon km, 1,5 km … On le sait qu’il ne faut pas écouter les gens mais on ne peut s’empêcher de demander quand même.

Finisher

Je ne vois qu’une chose. Je pensais ne pas être assez en forme pour prétendre à moins que 8h, voire 8h30. Mais là je suis plutôt à me dire que je risque de faire plus de 9 heures. Et quand j’arrive enfin sur le ponton du lac, avec ses baigneurs et des poussettes au milieu qui semblent d’avoir rien à faire de ses « fous à dossard », un regain d’honneur me pousse à refuser cette barrière personnelle. Je passe la ligne au bout de 8h55. Quasiment au sprint sur la dernière ligne droite, encouragé par deux collègues XRunners arrivés depuis déjà une ou deux heures.

Enfin le fameux ponton au bord du lac.

Enfin le fameux ponton au bord du lac.

Voilà, le calvaire est fini. Et comme d’habitude, je n’ai aucun regret, je suis même plutôt satisfait d’avoir terminé dans ces conditions. Le mental est toujours au rendez-vous même si la motivation s’est émoussé. Et j’ai quand même acquis en 4 ans de pratique une petite expérience qui m’a permis de gérer, malgré tout.

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La leçon, j’aurais pu l’écrire avant le départ. Manque de préparation sérieuse = souffrance. Ce genre de course ne s’improvise pas. Je connais bien ce format, même si ici le dénivelé est un peu plus important. J’ai eu tendance à oublier que 42 km en montagne était une sacré distance, à force de fréquenter des ultra-traileurs ou de me fixer des objectifs supérieur à 80km. L’improvisation et le trail ne font pas bon ménage, surtout quand la chaleur s’en mêle. Même si, encore une fois, je pense que j’ai très bien géré cet aspect de la course et ne la considère pas comme une excuse valable. Je viens de manger une « grosse randonnée ». J’ai trop peu couru. Mais devant mon hamburger-frites-coca, après la douche au club de voile de la plage, je suis zen. Je me dis que, là, tout de suite, je ne veux plus ce genre de souffrance mais que l’envie reviendra. C’est sur.

Avec Loï, on est finishers. Il n'y a plus qu'à reprendre la voiture direction Paris.

Avec Loï, on est finishers. Il n’y a plus qu’à reprendre la voiture direction Paris.

Je laisse tomber le projet de l’UT4M Challenge, ce même genre de course x 4 en 4 jours, mais je garde l’espoir d’avoir envie de préparer l’Endurance Trail des Templiers en octobre. Une revanche à prendre sur ce parcours de 100 bornes. Et puis, je suis vraiment plus fan des Causses, avec une bonne répartition montée-relance sur le roulant-descente technique, que de la vraie montagne où je suis trop vite en mode randonnée.

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