[Récit] Boucle du Diabète – 10km en mode « portnawak »

Cela part d’une bonne intention. Lors d’une Pasta Running Party de la Runnosphère, je découvre cette course, dont tous les bénéfices sont reversés à la recherche pour le diabète. Le charismatique David Limousin, également blogueur de la Runno, nous y présente son association, Type 1 Running Team, son challenge à travers le pays et l’épreuve parisienne comprenant entre autre un 3,3 km (une boucle), un 10 km (3 boucles) et une épreuve de 6 heures. C’est une excellente occasion de refaire un 10 km, moi qui ne fais pratiquement que du trail.

Pas le roi de la vitesse

Le 10 km et moi, c’est une histoire compliquée. Chaque année, sauf en 2015 pour cause d’annulation suite aux attentats, je clos mon année sur la Corrida d’Issy-les-Moulineaux. La dernière fois, ayant encore choisi la course déguisée des pères noël, j’ai failli battre mon RP, une semaine après une Saintélyon éprouvante. Galvanisé par ce chrono inespéré, quelle ne fut pas ma déception quand j’ai vu arriver la ligne de finish 500m trop tôt. Mon RP reste donc bloqué à une version précédente de cette même course, avec 2 fois sa célèbre côte. 46 minutes et quelques secondes.

Régulièrement, je me dis qu’il faut que je réveille un peu de vitesse en moi, loin d’être naturelle, pour mesurer les progrès. L’année dernière, j’ai profité d’une invitation pour aller faire les 10 km de l’Equipe, épreuve sur-bondée dans le centre de Paris. Résultat, pas vraiment motivé et incapable de me concentrer sur mon allure objectif, j’abandonne par lassitude au bout de … 4 km. Ridicule.

Et depuis, mon entrainement purement orienté sur mes trails a pris le pas sur toutes mes participations à des courses de ce format. Je préfère de loin les semi ou 20km, pour y travailler dans des allures proches du seuil, au milieu de mes prépas.

Mais c’est parti pour la Boucle du Diabète. On verra. Cela donnera des informations intéressantes sur mon état de forme. Au pire, je prends une claque salutaire. Et Fred mon coach me dit de voir ça comme une séance en intensité, sans trop forcer, vu qu’il n’allège pas ma semaine d’entrainement pour autant.

J’arrive donc devant le Château de Vincennes pas vraiment entrainé pour ça, avec la fatigue de la semaine et un poids qui flirte avec les 80 kg, résultat d’une absence totale de motivation pour surveiller mon alimentation. Et ce depuis mon retour du Cambodge, fin janvier. J’ai regardé vite ce que ma VMA mesurée à 16km/h il y a un an me permettait d’envisager. Et je table sur une allure raisonnable de 4’30/km, en me disant que si je le sens, je pousserai à 4’15 pour voir si la machine tient. La façon dont j’envisage le 10km est simple et bien bourrine : pas de gestion, ça passe ou ça casse. OK j’ai passé l’année à bosser ma gestion de course pour les trails longs, avec des résultats plutôt très positifs. Mais je ne suis pas là pour ça.

D’autant que la particularité de toutes mes expériences de courses courtes est que je finis systématiquement dans le rouge à vomir mes tripes, une fois passé la ligne d’arrivée.

Village solidaire

Un mot sur l’ambiance quand même. La météo est maussade et il fait froid mais le village solidaire est plutôt sympa. J’y rejoins Marie-Laure, Bruno puis Fanny, compagnons d’entrainement chez XRun. Nous allons sur le stand XRun où le coach Rani nous propose un petit run d’échauffement. Rani court le 10 km comme nous. Il finira 3ème. Je croise également Patricia, une de mes coachs préférées quand j’étais chez Urban Running, qui vient juste pour « trottiner ». Elle finira 3ème féminine. J’adore sa notion de trottinage. Je croise enfin Carole des « Lapins Runners » qui vient recourir après « au moins 2 semaines sans course à pied », en omettant le fait qu’elle se reposait d’un ultra-trail en étapes dans les Vosges (voir leur vidéo en 2 actes). Ah ces runners !!! Pas un pour rattraper l’autre.

La bande XRun

La bande XRun

L’incontournable master of ceremony Harry Bignon brave la température et réchauffe, comme à son habitude, l’ambiance du camp. Il y a quand même plus de 600 inscrits sur le 10 km et pas loin de 1000 sur l’ensemble des courses. C’est une belle fête, tout en restant à taille humaine, ce qui est appréciable en région parisienne.

L’avantage d’un parcours en boucles est qu’après la première, on peut jauger l’effort restant. Je vais donc tenter mon hold-up d’allure sur les premiers 3,3 km et on verra si je tiens. Le départ étant, bien sur, un peu encombré, je dois me dégager en passant sur le côté du chemin. C’est à dire souvent dans les orties. Ce n’est pas grave, ça fouette le sang comme disent les anciens.

Se dégager au départ (Photos Gui Fav)

Se dégager au départ (Photos Gui Fav)

Je suis en terrain un peu connu, les chemins du bois de Vincennes. J’ai chaussé mes Saucony Zealot qui 1) ne sont pas optimales pour ce genre d’effort court 2) sont complètement rincées après un an et plus de 700 km au compteur. Mais je n’ai plus de chaussures de route en état de toute façon. En voyant que finalement, on ne va pratiquement pas faire de bitume, je regrette de ne pas avoir pris mes Altra Superior, trails légères. Il y a même des passages avec des racines.

Vincennes c’est plat et large, l’encombrement se dégage vite dans les allées. Après le 1er km, je ne suis plus du tout gêné par le peloton. Je croise Philippe « Pink Runner » et Matthieu, tout deux sur le 6 depuis 4h30. Philippe a l’air fatigué (si si !!!) mais il tiendra une bonne moyenne de plus de 10 km/h. Je me dis que faire le hamster sur une boucle de 3 bornes pendant 6 heures doit demander un mental que je ne suis pas sur d’avoir. D’ailleurs le mental va vite devenir mon souci.

L’objectif débile s’éloigne vite

Je peine à maintenir une allure dans les 4’30/km sur cette première boucle. Je passe l’arche en 15’35, soit 4’43/km. Beaucoup trop pour espérer faire moins de 45’ sur les 3. Je me dis alors que cela doit être du à l’encombrement du départ. Ma Suunto me dit que je suis encore dans les 4’30. Mais au milieu de cette boucle, je sens bien que mon objectif était du n’importe quoi. Avec mon surpoids, je n’ai surement plus une VMA de 16. Le mental commence à me faire la même chose que pour les 10 km de l’Equipe. Le « A quoi bon  ?» commence à m’envahir l’esprit. Mais je me suis promis de ne pas céder au mental cette fois. Je n’ai aucun problème pendant des épreuves longues à ce niveau, même si elles sont difficiles. Je peux bien tenir 3/4 d’heure. Je m’en veux d’avoir ce genre de problème à même pas 5km. Je sais que je vais souffrir pendant encore une bonne moitié du temps de course. J’essaie de me caler sur d’autres coureurs.

Je passe l’arche la 2ème fois avec une allure moyenne depuis le départ de 4’42/km à 31’03. Concrètement la même allure moyenne que sur la première boucle.  A défaut d’être bon, je suis régulier. Une fois passé le premier virage, j’en suis à me dire que je pourrais bien marcher un peu pour faire baisser ma fréquence cardiaque. N’importe quoi. Si je me rapporte à ce qu’a mesuré ma Suunto, j’ai vite stabilisé ma FC à 160 BPM (92% de FCM) donc pas si mal pour une course violente.

Au 2ème tour, la foulée est encore bonne même si le mental lâche. (Photos Gui Fav)

Au 2ème tour, la foulée est encore bonne même si je suis dans le dur. (Photos Gui Fav)

Est-ce que je peux, plutôt que baisser les bras, essayer de me mettre encore plus « dans la gueule » ? Je n’y arrive jamais à l’entrainement. J’atteins un seuil dont je ne sais pas s’il est physique ou psychologique. Je me rassure derrière mon excuse favorite : « Je ne suis pas fait pour la vitesse.  Je n’ai jamais couru très vite et je n’ai pas le morphotype pour ça ». En vrai, si on raisonne comme ça, je ne suis absolument pas fait pour la course à pied. Je dresse un bilan de mon état : est-ce que je souffre d’une vraie douleur ? non, je suis juste dans l’inconfort total. Est-ce que je vais encore abandonner ? Pas question. J’ai vu comment je me suis senti en prenant du recul sur mon dernier abandon sur un trail. Je sais que je vais m’en vouloir. Que ça envoie un signal plutôt mauvais. Non, je prends ma leçon, je finis dans le rouge mais je vais au bout. Maintenant, il s’agit surtout de ne pas être trop ridicule par rapport à mon RP.

Sur le dernier kilomètre, Bruno, resté derrière pendant tout le parcours, me double. Il a l’air bien. Il a géré là où moi j’ai fait n’importe quoi. J’essaie de l’accrocher mais il avance. Je finis au moins à 20 secondes derrière lui.

 

On voit clairement la baisse d'allure entre les 3 boucles.

On voit clairement la baisse d’allure entre les 3 boucles.

Vomito

Je passe la ligne d’arrivée en 46’43. Allure moyenne toujours stable à 4’42/km sur tout le parcours (je compte 9,9km). Je crache mes poumons brulant, et le reste, derrière la ligne. Béatrice, madame Pink Runner, me dit un truc du genre « tu verrais ta tête ». Je crois que Gui Fav (merci pour les superbes photos) me demande si ça va. Euh, non !!! mais ça va passer. J’ai joué au con, je paie le tarif. C’était le but.

Arrivée cramée (Photos Gui Fav)

Arrivée cramée (Photos Gui Fav)

On a tendance à oublier le « No Pain, No Gain » quand on fait du trail pour le plaisir. Même si j’ai assez de séances de seuil et de VMA pour souffrir quand même. Là, je suis au moins satisfait d’avoir vaincu ce mental anormalement défaillant. Je me dis que j’étais dans le fantasme absolu en croyant que j’allais enfin descendre en dessous de 45’, sans avoir préparé cette épreuve.

Avec le recul, j’en retire toujours quelque chose de positif. Déjà, il faut que je reprenne ma vigilance alimentaire et que je reperde plusieurs kilos avant mes prochains objectifs trails. Ensuite, je ne suis pas si ridicule, 79ème sur 525 arrivants. Et c’est même surprenant que j’ai la même allure moyenne sur les 3 tours alors que j’ai clairement eu l’impression d’avoir flanché à la fin.

J’ai fait n’importe quoi. J’ai payé. Mais au final, je ne regrette pas cette épreuve qui me remet les idées en place. Et vous savez quoi ? Je recommencerai. Je sais aussi qu’en 2017, je vais réfléchir à refaire un peu plus de prépa pour la route, des 10 kils, des semis et peut-être un marathon. Mais je n’en suis pas encore là.

Inutile de dire que si j’ai écrit ce CR, c’était aussi pour dire à d’éventuels débutants qui tomberaient dessus : éviter de faire ce que je viens de faire sur une première course. C’est un coup à se dégoutter.

Ah et je reviendrai l’année prochaine sur cette Boucle du diabète. Un 10 km sur chemin, ce n’est pas forcément ce que l’on fait de plus roulant mais c’est sympa. Quand c’est en plus pour une bonne action …

Mais j’ai oublié le plus important. Toutes les médailles, et toutes les coupes, sont en chocolat. Et bien sur, le maitre pâtissier assure qu’elles sont mangeables par un diabétique. Celle-là n’a pas le loisir de finir au fond d’un tiroir. Une fois passées les émotions gastriques de l’arrivée et après un petit gouter ravito complet, elle trépassera, compensant et récompensant largement l’épreuve douloureuse pour la gagner.

Miam la médaille !!!

Miam la médaille !!!

Retrouvez les photos de Photos Gui Fav sur Facebook (ici).

6 Comments on “[Récit] Boucle du Diabète – 10km en mode « portnawak »

  1. Ben dis donc tu es dur avec toi même, je ne te connaitrais pas je dirais que tu vas te flinguer!
    Un 10 c’est mortel c’est bien pour ça que je n’en fais quasiment plus, il y a d’autres courses où tu te fais de gros kiffs et c’est bien là l’essentiel non?

    • Je ne vais pas me flinguer mais comme j’ai commencé très tard, j’ai encore une petite marge de progression. Alors autant me mettre des objectifs de progression non ? Je suis plus joueur que stressé. Tu sais que Béatrice m’a dit la même chose que toi pour les 10 km qu’elle ne faisait plus. Justement, moi je me dis que c’est intéressant de s’en imposer de temps en temps. C’est certain, ça ne remplacera jamais mes trails mais ce truc totalement bourrin et violent fait partie de la course à pied.

      • Qu’est que tu t’en tapes de ton record, sérieux! J’ai fait un 11.4km dimanche, j’ai mis 58′ ! Bon ok, y’avait 450m D+! Non, l’essentiel c’est que travailler la vitesse sur ce format de course t’aidera à mieux encaisser tes trails et te rendra plus capable de relancer après une côte de bourrin! J’aime pas mais c’est utile alors je le fais volontiers dans un but précis! (PS : on m’a donné une VMA à 19 mais je fais pas le semi en 1h18, pas d’entrainement spécifique pour car ça ne m’intéresse pas!)

        • Euh moi quand je cours sur route, il n’y a que le chrono qui m’intéresse. Sinon je préfère courir dans la nature comme toi. Ca m’intéresse de faire les deux de manière différente, c’est tout. Pour la vitesse en trail, j’ai quand même un coach qui me fait travailler toutes les allures régulièrement.Et de toute façon, ce n’est qu’un petit challenge perso, je ne suis pas un coureur rapide à la base de toute façon. Mais si je ne me mets pas d’objectif chrono, je ne vois pas l’interêt de courir un 10 km.

  2. Tu as fait un 10km presque sans préparation, selon toi. Je te trouve dur avec toi même.
    C’est vrai que les 10km sont des courses très exigeantes.

    Tu as couru pour la bonne cause, une course où les inscriptions sont reversées à la recherche ! 😉
    L’année prochaine sur le 6h ? il y a une superbe ambiance.

    • Je ne me trouve pas si dur. Je me suis fixé un objectif débile et je l’ai raté c’est tout. Je ne regrette rien 🙂 Le 6 heures, comment dire ? Pas trop mon truc de tourner sur une boucle comme ça. Il faut un mental que je ne suis pas sur d’avoir.

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