Semi-Marathon de Paris 2014 : le récit d’Anne-Claire

Un blog dédié à la course à pied, quand on est privé de course à pied, ça tourne vite en rond. Entre les tests de « geekeries » en tout genre, les interventions BD sympathiques de Moe Baxters, les articles de fond sur tout ce que l’on peut faire quand on ne court pas, cela fait plusieurs mois qu’il n’y a pas eu de récit d’une épreuve ici. Moe a pondu son compte-rendu du Semi de Paris sur son blog – en BD Patate bien sur- donc ça sera la semaine des filles. Ma chérie, Anne-Claire, a accepté de se prêter au jeu. Au passage, le temps du détachement vis à vis du running, celui de l’article « J’ai épousé un geek du running », est révolu. Elle  m’a d’abord écouté et s’est inscrite au Semi, mais aussi au Marathon, parce que « c’est bien pour se préparer à notre objectif trail de cet été (55 km) ». Et même si je dois déclarer forfait sur les deux épreuves, elle suit consciencieusement ses entrainements Urban Running et gère même ses premiers bobos dus à l’augmentation du volume. Elle est donc devenue une vraie « runnorexique » tendance « bourricote ». Elle sera marathonienne avant moi. Mais pour l’instant, place à son récit du semi de Paris 2014. 

J.G. « a very proud husband »

Préambule

Il parait que ce serait chouette si je pouvais écrire un compte-rendu du semi marathon de Paris, pour alimenter un peu le blog de mon chéri qui ne peut plus courir jusqu’à nouvel ordre. Moi qui n’arrive presque jamais à me passionner par la lecture de CR en général, même ceux de Killian Jornet. Et ils ne sont rien à côté de ceux des babaoruns qui, je dois l’admettre, sont parmi les seuls qui arrivent à me garder captive. J’ai donc du mal à envisager que quiconque puisse trouver le moindre intérêt à ce qui se passe dans ma tête pendant mes courses. Mais enfin, pourquoi pas ? Ce n’est pas comme si j’allais devoir en écrire un tous les jours, alors «ALLONS-Y ».

AVANT

Dimanche matin, 6h55, Nova beugle ses songs  électro bobo « so nova » et mon simulateur d’aube est à son max : C’est l’heure d’aller se préparer pour le semi marathon 😀 !  Aussi étrange que cela puisse être à la veille d’une course (qui plus est une course avec le mot marathon dedans), j’ai dormi.  Sans doute pas assez, mais bien.  Je m’extirpe donc du lit dans toute la mauvaise humeur  que l’on me connait à sept/cette heure. L’excitation et le stress la font disparaitre très vite, je n’ai tout simplement pas le temps !

A partir de là, commence un échange effréné de SMS avec mes acolytes, Marion et Moe, que j’ai initié à la course à pieds il y a plusieurs mois et qui se sont laissées embarquer dans cette aventure, qui n’est certainement pas la dernière (hé hé). J’ai aussi en ligne quelques-unes de mes amies « bourricotes » de la Urban Running team, Valérie et Alexandra, également sur le départ. J’avale un Gatosport en maudissant ma flemme de cuisiner les muffins magiques et sans gluten de Moe. Jean-Guillaume, aussi contrarié soit-il de ne pas prendre part à la mascarade, teste ses « KT Tape » sur les talons avec attention. Ceci pour qu’Achille (droit) et Achille (gauche) se la ferment un peu pendant la course. Ce qu’ils feront, à mon grand soulagement. Je rends grâce à mon cher et tendre d’être levé et au petit soin avec moi à cet instant. Ce qui est assez rare au petit matin pour être souligné, dixit la bête ! (Note de JG : ce qui est rare c’est qu’elle rende une quelconque grâce le matin, pas que je sois au petit soin hein !!!)

 

KT Tape pour tendon d'Achille

KT Tape pour tendon d’Achille

Je pars, speed mais confiante, peu après 8h, en me disant que je serai pile à l’heure pour la photo de groupe prévue par le club à 9h. LOL.

ERREUR : ne jamais prendre 10 minutes de retard le jour d’un semi-marathon.

Dans le métro, très vite blindé, c’est-à-dire avant même d’être arrivée sur place, je suis déjà en train de me demander ce que je fais là, et de me dire que c’est la première et la dernière fois que je m’inscris au semi-marathon de Paris. A une grosse course parisienne, en général.

Marion, avec qui j’ai fait le trajet (Dieu merci !), et moi quittons péniblement les quais pour rejoindre la surface. Station Château de Vincennes : l’enfer sur terre. Je dois poser mon sac à la consigne. Bien entendu, mon box est le 0, ce qui inclut de remonter à contre courant l’intégralité du « couloir » menant à ce dernier. Nous avons retrouvé Moe au passage, ce qui constitue en soit une sorte de miracle car, même avec un point de rendez-vous, rien ne garantit jamais de retrouver quiconque dans cette foule. Solidaires, mes comparses traversent avec moi la cohue vers le box consigne. Nous jouons des coudes 20 bonnes minutes avant d’atteindre ENFIN ce p… de box, pour lequel il faut encore faire la queue avant d’espérer pouvoir se débarrasser du sac. Il est 9h40, mon agoraphobie est déjà à son maximum. TOUT-VA-BIEN ! J’abandonne tout espoir de retrouver mes collègues d’Urban Running.

Dans le sas, nous poirotons 45 minutes. Dieu merci, le soleil est de la partie ! Le refroidissement est donc limité et nous tchatchons en dansant jusqu’à l’ouverture des grilles. Comme dans un parc à bétail ! Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’au marathon, je serais seule dans le SAS. Putain les filles, qu’est ce que je vais faire sans vous ? Mourir, sans doute.

PENDANT

Vous vous attendez donc maintenant très certainement à un récit de course, sauf que je ne sais toujours pas vraiment en quoi cela consiste, et je ne crois pas être très douée pour ça, pour me souvenir de tout ce que je ressens au moment où je cours, tellement mon cerveau est un puits de pensées sans fond.

J’entame la course avec les jambes raides et froides. Moe nous abandonne au 1er kilomètre pour aller pisser au fond des bois. Avec Marion, nous piétinons sur 4 ou 5 km, le temps de se dégourdir les jambes et chauffer les muscles qui hurlent un peu. Une fois le peloton un peu plus dissous, j’enfile mon casque audio et plonge dans ma bulle. Très vite, le groupe La Femme et son « Antitaxi » me font monter à 12 km/h. Je suis bien, je n’ai mal nulle part.  Je me délecte du spectacle, de tous ces coureurs qui envahissent bientôt les rues de Paris. Il fait beau, et frais. Soleil de plomb, ciel bleu et petite brise, mes endorphines sont au top et dansent dans tous les sens en mode boite de nuit « in your brain baby ! » Je jette un dernier coup d’œil à Marion et me laisse happer toute entière par l’envie de cavaler.

Km 10, j’avale un premier GU Chomps (Note de JG : gommes à mâcher qui remplacent les gels). Pas question de perdre du temps aux ravitos, qui sont de toute façon pris d’assaut. En tout cas pas tout de suite.  Je vois la Bastille, puis très vite l’île Saint Louis au loin, les quais, et Notre Dame. Bon dieu que Paris est belle, parfois. Dans mes oreilles se déchainent le duo basse/batterie de « Giorgio by Moroder » des Daft Punk. Bonheur !

Km 14, premier coup de mou. Les jambes se font lourdes. J’avale un nouveau GU, un coup de flotte, et vole un quart de banane aux ravitos suivant. Je sens qu’il est temps de ralentir la cadence et me calmer les nerfs, qui commencent à jouer sur mon corps et mon mental, passé le 15e. Je profite pour cela des nappes de claviers et guitares de mon ami lyonnais Electro-Evo (bisou mec, cette intro de « ELLE » décidemment !!!). J’ai mal aux jambes, aux talons, aux chevilles. J’ai mal. J’en prends soudain conscience. Encore un GU, un coup de flotte. Je monte le son. Johnny Cash m’apaise de sa grosse voix grave paternelle, me raconte l’histoire d’un mec, perdu dans le far ouest, qui cherche la rédemption.  Quelque chose dans le genre, enfin quoi qu’il en soit, ça marche.

Km 20. Les premières notes de « My friend Dario » de Vitalic raisonnent. Dans ma tête/boite de nuit, c’est l’hystérie. Je souffre, mais repart à 12 km/h. Outre l’adrénaline du dernier kilomètre, j’en ai plein les pattes et ai hâte d’en finir. Ma TomTom Runner indique 1h57. Not so bad !!! Même si, sur le coup, j’avoue, je me contrefous du résultat. Passées la ligne d’arrivée, mes jambes hurlent, j’ai du mal à marcher jusqu’à la sortie.

JG : "Elle râle, elle râle mais elle sourit aux photographes."

JG : « Elle râle, elle râle mais elle sourit aux photographes. »

APRES

Je bataille pour récupérer un poncho. On me presse pour la récupération de la médaille. J’entends parler du ravitaillement à quelques mètres et la perspective d’une collation me réjouit. Misère…à l’instar de ma comparse AL (des babaoruns), je récupère tant bien que mal une pauvre pomme, pas pourrie mais gelée, dont je ne mange que la moitié. J’ai plus de chance avec les bananes, mais plus assez de courage pour la tasse de thé. Tant pis. Je sors de ce sas infernal. Je suis toute seule, je ne croise personne. Je suis épuisée, et puis d’un coup c’est le cafard. Je réalise soudain qu’il faut en plus retourner à la consigne, missionner pour récupérer mon sac. Je ne sais plus où j’habite. Je rêve d’un taxi volant avec des sièges en moumoute, et qui me ramènerait chez moi en 2 minutes. Au lieu de ça, je déambule, tel un zombie frigorifié, pour trouver un métro.

Est-il nécessaire d’évoquer l’enfer dudit métro ? Un brunch m’attend, avec mes amis. Mais au bout d’une heure, congelée et claquée, je n’ai plus la foi, je rentre à contre-cœur dans une rame blindée, collée à une fille qui me tousse dessus. Sans compter les abrutis qui s’agglutinent dans les wagons coûte que coûte, comme si leur vie en dépendait. Alors que la notre, oui, bien sûr ! Je hais Paris, je hais le métro, je hais les gens. Je hais le semi-marathon de Paris. Ma cheville aussi. Elle et moi nous endormons au soir, tout à fait incertaines quant à l’épreuve du mois prochain. Le Marathon de Paris, cette broutille.

C’est quand qu’on trail ?

7 Comments on “Semi-Marathon de Paris 2014 : le récit d’Anne-Claire

  1. Haha, bravo AC, il est achteu bien ton CR et maudite soit l’orga de ce semi, organisation qui m’a gâché mon plaisir qui fut pourtant total durant la course. Bon va faloir que vous fassiez des posts playlist aussi, car tes évocations musicales m’ont donné envie !
    des bisous et bravooo

  2. Va falloir que tu fasses encore des courses pour refaire des CR ! Chouette de te lire.
    Je comprends mieux maintenant ce que c’est que d’être au cœur du peloton. Je ne sais pas si c’est mieux ailleurs. Je sais qu’au marathon oui car bien plus large sur l’avenue Foch.

  3. Elle pour courir ! J’avais pas envisagé ça tiens 🙂

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